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L’éco-anxiété : ce « trouble » qui touche vos petits-enfants

— Publié le 19 mars 2025

L’éco-anxiété : ce « trouble » qui touche vos petits-enfants

L’éco-anxiété est un terme encore méconnu du grand public qui ne va pas tarder à faire partie de notre vocabulaire. De nombreuses études montrent que les jeunes générations sont particulièrement touchées par cette forme d’anxiété liée aux défis environnementaux. Découvrez ce qu’est l’éco-anxiété et le rôle que les seniors peuvent jouer face à ce phénomène. 

L’éco-anxiété : qu’est-ce que c’est ? 

Le terme éco-anxiété a été employé pour la première fois en 1997 par Véronique Lapaige, une chercheuse en santé publique belgo-canadienne. Ce trouble désigne un sentiment d’angoisse ressenti face aux menaces qui pèsent sur l’environnement. Comme le changement climatique, la pollution, la déforestation ou encore la disparition de la biodiversité. 

Une étude publiée en 2021 dans la revue The Lancet Planetary Health révèle à quel point l’éco-anxiété est présente chez les jeunes générations. En effet, parmi les 10 000 jeunes de 16 à 25 ans interrogés dans dix pays, près de 70 % se disent « très inquiets » ou « extrêmement inquiets » du changement climatique. 

En France, plus d’un jeune sur deux partage cette inquiétude. Pour certains, cela a un impact direct sur leur quotidien. Ainsi, 35 % déclarent que leur mode de vie est affecté par cette anxiété. Tandis que 67 % estiment que les gouvernements ne prennent pas les mesures nécessaires pour prévenir les catastrophes climatiques, selon cette même étude. 

Ces chiffres témoignent d’une préoccupation grandissante chez les jeunes, qui ressentent de plus en plus le poids des enjeux environnementaux. 

L’éco-anxiété : les symptômes de ce trouble anxieux

Bien qu’il n’existe pas de définition officielle reconnue par l’ensemble de la communauté scientifique. Aujourd’hui, l’éco-anxiété est identifiée comme une nouvelle forme de trouble anxieux. Les recherches en médecine, et plus particulièrement en psychiatrie, ont permis de mettre en évidence des symptômes chez de nombreux patients touchés par ce phénomène. 

Parmi les symptômes les plus fréquents de l’éco-anxiété, on retrouve : 

  • Une peur intense des conséquences du changement climatique : Cette inquiétude peut être si envahissante qu’elle impacte la vie quotidienne. Les personnes concernées ressentent un profond sentiment d’abandon et de trahison. Notamment envers le gouvernement et la société, qui selon elles n’agissent pas à la hauteur des enjeux. 
  • Une obsession pour l’écologie : Chaque déplacement, achat et action du quotidien sont réfléchis en fonction de leur impact environnemental. Ce comportement obsessionnel peut se déclencher en présence de personnes qui ne partagent pas les mêmes préoccupations écologiques. 
  • Une réticente à avoir des enfants : Certains éco-anxieux hésitent, voire refusent d’envisager une descendance. Persuadés que l’avenir de la planète est trop incertain et préoccupant pour y élever des enfants.
  • Des répercussions sur la santé : L’éco-anxiété peut provoquer des troubles du sommeil, des troubles alimentaires. Ainsi qu’une anxiété généralisée voire une dépression chronique. 

Ce trouble peut apparaître à la suite d’événements climatiques extrêmes (tempêtes, canicules, tsunamis…), la pollution de masse, la déforestation ou encore l’élévation du niveau des mers. Par ailleurs, les personnes déjà sensibles à l’anxiété peuvent être plus vulnérables à cette forme d’inquiétude liée à l’environnement.

L’éco-anxiété : une nouvelle manière de souffrir   

Pour Véronique Cayado, Docteure en psychologie spécialiste du vieillissement, l’éco-anxiété est à l’image de ce qu’on appelait l’hystérie au début du 20ème siècle : un trouble psychique qui prend racine dans les maux de la société. Là où l’hystérie touchait les femmes soumises à une pression sociale intense visant la répression de leur désir. L’éco-anxiété capte les impuissances de son époque.

«Chaque époque génère d’une certaine manière de nouvelles pathologies psychiques modelées à son image. Dans la société coloniale d’après-guerre, le psychiatre Frantz Fanon analysait les troubles des aliénés algériens en lien avec le système d’oppression. Le sociologue Alain Ehrenberg voit dans les pressions normatives contemporaines, notamment la pression à la performance et l’injonction à la réalisation de soi, les ressorts des pathologies psychiques de notre temps : anxiété, dépression, perte de sens. Dans une société qui érige en norme absolue l’autonomie des individus, le sentiment de perte inexorable et incontrôlable devient le catalyseur des maux actuels. L’éco-anxiété en est une expression. » – Véronique Cayado

Et les seniors dans tout ça ? 

« Les seniors ne sont pas des êtres à part de la société. Pas plus qu’ils ne constituent un groupe homogène. Je ne sais pas ce que les seniors pensent des enjeux écologiques car il y a certainement autant d’avis contrastés et contradictoires qu’au sein des autres générations. L’éco-anxiété touche peut-être davantage les plus jeunes à qui il revient de construire leur vie, là où les plus âgés sont dans une dynamique personnelle différente. Quand on a le temps long devant soi, des injonctions “à tout va” à prendre son avenir en main. Ainsi que des perspectives planétaires plus qu’incertaines, cela constitue un cocktail de tensions qu’il n’est pas facile à digérer. On comprend que ces tensions alimentent plus d’éco-anxiété chez les plus jeunes, ce qui ne veut pas dire que les plus âgés ne sont pas concernés par ces préoccupations. Eux, ont un temps plus limité devant eux. Eux, n’ont pas à construire, ni à réussir leur vie. L’anxiété n’est pas la même à cet âge de la vie, mais elle peut tout à fait se cristalliser sur des aspects d’éco-anxiété selon l’intérêt pour ces sujets. » 

Est-ce que les seniors ont un rôle à jouer pour aider leurs petits-enfants face à cette forme d’anxiété ? 

« Le fait de poser la question peut surprendre. Les grands-parents, et les plus âgés de manière générale, ont une place importante auprès des plus jeunes générations… et inversement ! Certains partagent un engagement commun dans des actions à visées écologiques. D’autres entretiennent des liens affectifs forts où se mettent naturellement en place des relations de soutien. En écoutant leurs préoccupations, en validant leurs émotions, en les réassurant sur leurs capacités à faire face à l’adversité, les grands-parents jouent un rôle de soutien émotionnel et d’estime. Sans oublier l’expertise d’une vie. L’éco-anxiété repose sur une peur primaire de la finitude et le manque de perspectives. Ces sentiments, les plus anciens aussi y ont fait face sous d’autres formes. Leur vécu, avec cette mise à distance que le temps long permet, est une clé de lecture dont pourront se saisir les plus jeunes le moment venu.

Après, pour mieux comprendre le rôle des seniors, il faudrait leur demander directement ce qu’ils en pensent.» C’est ce que nous avons fait !

Quelques témoignages de seniors

«Dire que les seniors ne se soucient pas de la cause environnementale, c’est faux. La plupart d’entre nous avons été éduqués dans le respect d’autrui, de la nature. C’est pour beaucoup un réflexe presque inné : le civisme sous toutes ses formes était enseigné aussi bien à la maison qu’à l’école. Nous continuons donc à agir ainsi et sommes très très souvent offusqués de l’attitude des plus jeunes. (…) Par contre, ce qui me semble très inquiétant, ce sont les dirigeants des nations. Ils disposent d’armes qui pourraient détruire une bonne partie de l’humanité, sans aucune difficulté. Les massacres des guerres passées sont des « plaisanteries » en comparaison à ce qui pourrait se produire demain en « appuyant sur un simple bouton » » – Nicole

« Je ne ressens ni stress ni anxiété par rapport à la dévolution climatique qui va générer disparitions en nombres incalculables pour toutes les espèces, y compris celle des humains avides de richesses et de puissances, j’en ai pris conscience et je voudrais juste pouvoir faire quelque chose qui fasse agir les hommes dans le sens qui leur permettrait à un moment de partir sur le bon chemin. S’il n’y a pas quelques tentatives au cours du temps, il y aura une perte d’envie d’agir. Mais si je ne suis pas un éco-anxieux face au climat et ses effets destructeurs dus à l’anthropocène, je suis par contre en colère. En colère contre tous ces êtres humains qui ne respectent pas l’intégrité de la planète et du vivant, contre [l’attitude des réels détracteurs du temps et des collectivités humaines, et des biodiversité,] et je sens en moi comme un volcan qui me brûle. J’aimerais terminer en citant Charles Darwin : « Les espèces qui survivent ne sont pas les espèces les plus fortes, ni les plus intelligentes, mais celles qui s’adaptent le mieux aux changements. » » – Bernard 

« Ce qui, à mon avis, change tout, c’est la mondialisation. Les dirigeants n’agissent plus librement mais sous l’influence des pays qui ont su s’imposer mondialement, États-Unis, Chine, Russie. Où cela nous mène-t-il ? Seul l’avenir le dira… Quant à la planète, elle a des millions d’années derrière elle et a donc un long avenir à parcourir… » – Joele

« Oui je suis trés préoccupée par l’héritage écologique que nous laissons derrière nous. Malgré les avertissements des scientifiques et au vu des catastrophes qui viennent étayer leurs dires, les gouvernements ne font pas grand chose pour empêcher les pollueurs de tous poils de continuer à détruire notre planète, détruire les sols , les rivières, les océans, contaminer l’air, l’eau, ce que nous mangeons ce que nous buvons…une catastrophe. Il est plus facile de faire culpabiliser la population qui, à des degrés différents, fait des efforts. » – Maïté

« Je pense être éco-inquiète. Comment ne le serait-on pas face aux ravages liés au réchauffement climatique, à la chute de la biodiversité, aux effets de la pollution, à la multiplication des catastrophes naturelles, cataclysmes et ravages récents qui ont affecté tant de gens ? Mais je ne suis pas, jusque-là, encore éco-anxieuse. L’anxiété ne se maîtrise pas, hélas, elle s’impose au sujet, qui n’en est pas responsable ; elle peut se manifester, en résumé, par des émotions intenses, des manifestations physiques et psychiques d’angoisse. L’anxiété nuit à la celui qui en est victime, elle est incontrôlable, mais n’est pas, de ce fait, un moteur d’action. Il semble, à mon sens, que l’inquiétude soit plus rationnelle, et puisse devenir un moteur d’engagement pour la protection de l’environnement et de la planète. » – Anne

Lara de la Silver Alliance

Lara de la Silver Alliance

Chaque mois, je vous propose des articles et conseils pratiques pour simplifier votre vie. Que ce soit sur le sport, la santé, l'actualité ou les loisirs, découvrez des astuces utiles qui vous accompagneront au quotidien.

Véronique Cayado

Véronique Cayado

Responsable d'études à l’Institut Oui Care sur les enjeux du bien vieillir et Docteure en psychologie, elle est l'auteure du livre "Tu comprendras quand tu seras vieux. Petit manuel anti-préjugés grand âge".

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